Rapport Mai 2020

De Bretton Woods (1945) à Wuhan (2020) : l'impossible équation du développement des économies africaines ?

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Compte rendu de la conférence régionale de l'Institut Prométhée

Comptes rendus · Conférence régionale · 22 mai 2020

De Bretton Woods (1945) à Wuhan (2020) : l'impossible équation du développement des économies africaines ?

Compte rendu de la conférence régionale de l'Institut Prométhée

Compte rendu de l'Institut Prométhée Visioconférence · 22 mai 2020 Avec le soutien de la Société d'Incubateur National du Gabon
Résumé

Organisée en visioconférence au plus fort de la crise sanitaire, la conférence du 22 mai 2020 a réuni onze universitaires de huit pays africains pour mesurer l'impact de la Covid-19 sur les économies du continent et esquisser les perspectives de l'après-crise. Emploi informel, revenus des ménages, pédagogie universitaire, secteurs d'activité, politiques publiques et relations avec les institutions de Bretton Woods : les interventions plaident pour un nouveau modèle de développement, adapté à la spécificité de chaque pays.

Mots-clés : Covid-19 · économies africaines · Bretton Woods · politiques publiques · emploi · relance · développement

1. Introduction

Le 22 mai 2020 s'est tenue à Libreville par visioconférence, à l'initiative de l'Institut Prométhée, une conférence débat sous le thème : « De Bretton Woods (1945) à Wuhan (2020) : l'impossible équation du développement des économies africaines ? ».

Cet événement a été organisé avec le soutien de la Société d'Incubateur National du Gabon (SING).

Le lancement de la conférence a été marquée par le mot de bienvenue de M. Yves Sylvain MOUSSAVOU BOUSSOUGOU, alors Président de l'Institut Prométhée, qui après un bref rappel sur les objectifs de l'Institut dont il a la charge, a fait l'économie de la situation caractérisée par la crise sanitaire due à l'épidémie à coronavirus et ses effets sur le plan économique, sanitaire et social. Aussi, a-t-il rappelé les enjeux de cette conférence qui étaient :

  • d'évaluer l'étendue de l'impact de cette crise sur l'ensemble des secteurs de l'économie africaine
  • de proposer à la lumière des expériences diverses observées sur le continent les approches de gestion pour faire face aux effets de cette crise et les stratégies possibles de relance ; autrement dit comment faire un mixte entre une stratégie d'ajustement et une stratégie de relance

d'identifier les nouveaux axes permettant de renouveler la relation entre les institutions de Bretton Woods et les pays africains au regard des enjeux majeurs favorisés ces dernières années par l'émergence des nouvelles puissances économiques, des nouvelles technologies, l'émergence démographique, afin d'inscrire nos pays dans une perspective de développement résiliente et durable ;

  • d'imaginer les économies africaines dans une société post Covid-19.
  • formuler des recommandations pertinentes à l'endroit des décideurs publics et des acteurs privés pour intégrer et tirer profit des opportunités de financements de ce programme.

Elle s'est déroulée autour de deux (2) panels :

Le premier panel dont le thème a porté sur : l'impact de la Covid-19 sur les économies africaines. Bilan des politiques mises en œuvre. Il a réuni les universitaires suivants :

  • Pr. Damien ABDODJI, Université de Lomé, Lomé TOGO
  • Professeur Benjamin FOMBA, Université de Yaoundé II SOA, Yaoundé CAMEROUN
  • Professeur Sidy KANE, Université Cheikh Anta Diop, Dakar SENEGAL
  • Professeur Mathias Marien Adrien NDINGA, Université Marien NGOUABI, Brazzaville CONGO
  • Professeur Denis ACCLASSATO, Université d'Abomey-Calavi, Cotonou BENIN
  • Professeur Médard MENGUE BIDZO, Université Omar Bongo (modérateur).

Le second panel quant à lui a porté sur le thème : les perspectives économiques et financières africaines post Covid-19, avec comme panélistes :

  • Professeur Jean Louis NKOULOU NKOULOU, Université Omar Bongo, Libreville GABON
  • Professeur BALLO ZIE, Université de Cocody, Abidjan COTE D'IVOIRE
  • Professeur Bertrand TAMOKWE, Université de Douala, Douala, Cameroun
  • Professeur Clément KOUAKOU, Université de Cocody, Abidjan COTE D'IVOIRE.

Chaque intervention des panélistes portait sur une problématique bien précise, en rapport avec la thématique.

Ce compte rendu synthétise globalement les contributions apportées par chaque paneliste et les interventions des participants sur les thématiques abordées. Par ailleurs, il présente aussi les remarques soulevées et les perspectives envisageables pour l'avenir.

2. Panel 1 — L'impact de la Covid-19 sur les économies africaines : bilan des politiques mises en œuvre

Les effets de la pandémie de la Covid-19 sur l'emploi formel et informel

Professeur Benjamin FOMBA, Université de Yaoundé II SOA, Yaoundé CAMEROUN

Le secteur informel pèse sur l'activité économique en Afrique. Selon le Pr. Benjamin FOMBA, l'économie africaine est caractérisée par un fort taux du secteur informel, porté essentiellement par des activités tels que le commerce et l'artisanat. Ce taux varie entre 60% au moins et 90% dans certains pays en Afrique et contribue à hauteur de 25% pour certains et 50% du PIB ; ce qui doit emmener à considérer ce secteur comme étant un secteur vital pour les emplois et pour le développement économique.

L'absence de soutien des gouvernements au chômage ou d'assistance aux chercheurs d'emploi justifie le poids de ce secteur dans les économies africaines.

« L'absence de soutien des gouvernements au chômage ou d'assistance aux chercheurs d'emploi justifie le poids de ce secteur dans les économies africaines »

Depuis l'avènement de l'épidémie à Coronavirus, les gouvernements s'efforcent à mettre en œuvre des politiques de soutien et d'aide pour sauver certains emplois et partant les ménages.

Toutefois, il existe un déficit d'enregistrement des ménages qui vivent du secteur informel, et cela constitue une véritable difficulté dans la mise en œuvre des mesures destinées à leur apporter un soutien efficace pour faire face à la période de confinement. Le Professeur FOMBA estime que c'est d'ailleurs pourquoi il ne pouvait pas être décrété un confinement général, mais plutôt un confinement partiel.

« Le déficit d'enregistrement des ménages vivants de ce secteur n'a pas facilité une mise en œuvre efficace des mesures de soutien décidées pour faire face au confinement total. Dès lors, les gouvernements ont opté pour le confinement partiel »

De plus, il a précisé que l'absence de politique de transfert et de redistribution a connu une difficulté de mise en œuvre du fait du problème d'identification des emplois et des travailleurs du secteur informel.

Ensuite, lors de la fermeture des frontières terrestres et aériennes avec notamment les pays tels que la Chine et l'Inde, il s'est posé un problème de ravitaillement pour ces activités du secteur informel (commerce, distribution, artisanat) ; ce qui a conduit à la rareté de certains produits sur le marché détenu par ce secteur, la cessation de certaines activités du secteur, mais surtout une augmentation des prix sur le marché.

Poursuivant son propos, le Pr. FOMBA a fait la distinction pour relever les trois (3) secteurs pourvoyeurs d'emplois : le secteur public, le secteur privé formel et le secteur privé informel. Chacun d'eux devrait devraient être impacté à moyen terme par les effets de la Covid-19.

Selon lui, le secteur public est capable de maintenir à court terme ces emplois. Mais pourra interrompre les recrutements, voire la réduction de ses effectifs du fait de l'incidence de la Covid-19 sur les recettes budgétaires.

« Le secteur public devrait interrompre les recrutements voire réduire les effectifs du fait de l'impact de la pandémie sur les recettes budgétaires ; le secteur privé va se réajuster avec des licenciements ou des réductions de salaire et le secteur informel sera frappé par les mesures de restriction générale »

Dans le secteur privé formel, la quasi-totalité du secteur sera touché par les effets de la pandémie, notamment les réajustements des effectifs, les licenciements ou la réduction des salaires et les entreprises ne pouvant pas faire face à la situation fermeront.

En ce qui concerne le secteur informel, les effets de la covid-19, notamment les mesures de restriction en vue de lutter contre la propagation de l'épidémie, auront un impact significatif sur les activités menées car ne recevant aucun soutien de l'État.

Sans oublier que les ménages devront faire face à certaines charges obligatoires (loyers, factures d'eau et d'électricité…).

Dans certains pays d'Afrique, cette situation risque de conduire ceux n'ayant pas de moyens de subsistance à faire un retour vers les campagnes (villages).

Recommandation du Pr. FOMBA : « Les gouvernements doivent mettre en place des politiques de relance de la demande et de l'emploi par un soutien de la production de locale en vue, indirectement de soutenir le secteur informel »

Au regard de ce constat, le Pr. FOMBA propose que les gouvernements pensent à mettre en place des politiques de relance de la demande et de l'emploi, notamment en orientant la consommation vers la production locale, ce qui pourrait constituer une sorte de soutien du secteur informel après la covid-19.

Après son intervention, il s'est suivi une phase de questions/réponses dont le contenu est repris ci-dessous.

Question 1

Si on résout cette crise avant septembre, la CEMAC pourrait-elle s'en sortir, étant donné que les réserves de changes auprès du trésor français sont de 5 333 milliards de FCFA ?

Question 2

Pensez-vous que la BEAC doit racheter la dette des pays membre, à l'instar de ce qui a été fait par la BCE en 2009, à travers les politiques ?

L'Afrique centrale dispose de cinq mois de couverture de ses exportations eu égard au niveau actuel de ses réserves des changes. La détérioration des termes de l'échange au niveau du marché du pétrole pourrait à terme remettre en cause cette situation. Le Professeur a dit être pessimiste quant à la sortie de la crise d'ici septembre.

Par ailleurs, en ce qui concerne les réserves de la BEAC, le Professeur a indiqué qu'au cours d'une récente sortie, le Gouverneur de la BEAC a annoncé que le niveau des réserves de change est équivalent à 5 mois d'exportations. Au regard de cet excédent, l'Afrique centrale pas de problème de réserves ; mais toutefois avec l'évolution de la chute du prix du pétrole, il faudrait craindre une éventuelle diminution desdites réserves.

Aussi, les politiques de restrictions de sortie de devises engagées par la BEAC depuis 2016 pourraient être renforcées pour faire face à cette situation.

Sur le rachat de la dette par la BEAC : privilégier des négociations individuelles par État auprès des partenaires bilatéraux et multilatéraux. S'agissant du rachat de la dette, le Professeur a rappelé que la structure de la dette dans la zone CEMAC est à la fois bilatérale et multilatérale. A cet effet, la gestion de la dette doit s'orienter vers une démarche de négociation avec les partenaires bilatéraux et multilatéraux.

Pour le rachat de la dette, les États doivent s'adresser à la Chine, au Club de Paris et aux institutions de Bretton Woods. Il serait plus aisé pour chaque État de négocier le rachat de sa dette.

Canaux de la transmission de la crise Covid-19

Pr. Damien ABDODJI, Université de Lomé, Lomé TOGO

« Les mesures prises par les gouvernements dans la cadre de la riposte contre la Covid-19 impacteront l'économie mondiale »

Sur cette problématique, le Pr. Damien AGBODJI a indiqué que ce n'est pas directement la Covid-19 qui va impacter l'économie mondiale, mais plutôt l'ensemble de mesures prises par les gouvernements visant à la prévention et à la riposte contre la Covid-19.

Il a ainsi relevé 4 canaux de transmission par lesquelles la situation sanitaire va dégénérer en crise économique au niveau nationale, voire mondiale :

  • La croissance mondiale

La crise va entrainer une récession de l'économie mondiale avec un taux qui va passer de 2,4 % à 1,5% ; pour un taux initialement prévu à 2,5%. En effet, cela aura un impact sur la croissance des pays en développement.

  • L'impact sur les importations et les exportations des pays en développement

La crise va entrainer une réduction de l'offre mondiale, donc une réduction des importations. De même, il y aura une réduction de la demande mondiale, donc une baisse des exportations. En conséquence, cela va conduire à la baisse de la croissance, avec un risque d'augmentation du taux d'inflation des prix sur le marché.

  • L'aide publique au développement (APD)

« La baisse de la croissance mondiale, la réduction de l'offre mondiale, la baisse probable des financements consacrés à l'aide publique au développement et la baisse des transferts des migrants sont les canaux par lesquels la crise se répandra »

Avec cette crise planétaire, l'aide publique au développement en faveur des pays en développement risque de diminuer. Les budgets des pays africains ou en développement sont, entre autres financés par l'aide publique au développement (APD), avec le concours des institutions internationales. Or, ces institutions sont généralement financées par les pays développés. Avec la crise qui frappe également ces pays, avec une conséquence directe sur leurs économies, cela entrainera une baisse de leurs contributions pour l'Afrique.

  • Le transfert des migrants

Pour certains pays africains tels que le Togo, le Niger, le Mali, etc., il a été démontré que le volume de l'aide publique au développement est inférieur aux transferts des migrants. En d'autres termes, les montants issus des transferts opérés par les migrants vers leurs pays d'origine sont plus importants que les aides publiques au développement.

En effet, les africains issus de la diaspora travaillent et parviennent à rapatrier une part de leurs revenus dans leurs pays d'origine pour alimenter les ménages et même d'investir. Or, avec la crise, ces travailleurs sont susceptibles de perdre leurs emplois et cela aura une incidence sur les transferts opérés par ces migrants. Aussi, cela va également affecter les ménages qui vivent des transferts qui proviennent des migrants.

Par ailleurs, le Professeur a relevé l'impact de la crise au niveau micro, notamment sur les ménages. Du fait de la baisse des revenus des ménages, on pourrait assister à une diminution des demandes sur la santé, sur l'éducation et mêmes sur les autres services publics.

Après son intervention, il s'est suivi une phase de questions/réponses dont le contenu est repris ci-dessous.

Question 1 : pensez-vous que le rapport des migrants est-il absolu ou relatif selon les pays ?

Question 2 : quel est l'impact de la Covid-19 sur les Investissements Directs à l'Etranger (IDE) ?

Sur le poids du transfert des migrants. En effet, le transfert peut être relatif lorsqu'on le rapporte au PIB des pays considérés. Dans certains pays de l'Afrique de l'ouest, plusieurs ménages vivent de l'argent provenant des transferts des migrants. Par ailleurs, il est a souligné que ces transferts ne sont pas toujours transmis par les voies officielles, car plusieurs transferts se font dans l'informel. Ce qui peut paraitre moins significatifs dans le rapport sur le PIB. Mais en général, quel que soit le niveau de son pourcentage sur le PIB, les revenus des migrants contribuent à l'économie des pays de leurs destinataires.

Sur l'Investissement Direct Étranger (IDE). S'agissant des IDE, le professeur a indiqué que la part des IDE en Afrique reste faible. En effet, l'Afrique attire de moins en moins des investisseurs, mais aujourd'hui plusieurs pays africains mettent en place des politiques d'assainissement du climat des affaires dans le but d'attirer plus d'investisseurs étrangers.

Aussi, les États africains doivent-ils tout mettre en œuvre pour maintenir leur stabilité devant cette crise, et cela pourrait rassurer certains investisseurs surs et garantir leurs images.

La crise de la Covid-19 et les revenus des ménages et les inégalités

Professeur Pam ZAHANOGO, Université Ouaga II, Ouagadougou BURKINA FASO

Le Pr. PAM ZAHANOGO a estimé qu'en dehors des effets produits par la crise sur le plan macroéconomique, notamment la croissance, il y a également les effets microéconomiques. C'est dans cette approche qu'il a abordé les effets que procure la crise sur les revenus des ménages.

« Le coût humain de la Covid-19 est très élevé. Les chocs peuvent être très importants puisqu'ils vont jusqu'à ébranler les piliers de certaines familles avec des répercussions sur les revenus des ménages »

Ainsi, il existe un choc interne dans chaque pays, dû au coût humain très élevé car la Covid-19 cause des décès au sein des familles, et parfois ces décès concernent les piliers des familles et donc ont des répercussions sur les revenus de ménages.

La Covid-19 peut également entrainer une perturbation des filières d'approvisionnement car avec les décès, on pourra constater une diminution de la main-d'œuvre. Tout ceci peut affecter la production, donc les revenus des ménages.

« La pandémie devrait perturber certaines filières notamment dans le secteur informel durement frappé par les mesures restrictives prises par les gouvernements qui devraient impacter la consommation nationale et renforcer la vulnérabilité »

Par ailleurs, il a rappelé que l'ensemble des mesures prises par les gouvernements pour lutter contre la propagation (fermeture des bars, des restaurants et autres petits commerces) ne seront pas sans conséquence sur la production et la consommation nationale.

Aussi, a-t-il indiqué que si pendant la période de confinement, les salaires des fonctionnaires ont pu être maintenus, cela ne pouvait pas être le cas pour les personnes exerçant dans le secteur informel. Or, si l'on considère que dans plusieurs pays d'Afrique, beaucoup de ménages sont vulnérables et ne bénéficient pas des filets sociaux de sécurité, avec les effets de la crise, leur bien-être sera davantage affecté.

« Des tensions inflationnistes ne sont pas à exclure compte tenu du ralentissement de la croissance mondiale, et notamment de la crise des filières d'approvisionnement consécutive à la diminution des produits importés en provenance des pays comme la Chine »

Au niveau mondial, avec le ralentissement de la croissance, les échanges et les transferts des fonds vont véritablement être impactés. En effet, pour les pays partenaires de l'Afrique tels que la Chine et les États-Unis, par les effets de la crise, la demande intérieure va diminuer, les filières d'approvisionnement vont connaitre une désarticulation, ce qui va diminuer la disponibilité des produits à importer et cela va engendrer des pressions inflationnistes avec pour conséquence une tendance d'augmentation du niveau général des prix.

Pour faire face au problème posé, le Professeur PAM ZAHANOGO a indiqué que l'État doit accompagner les ménages les plus vulnérables pour maitriser les inégalités. Enfin, il a recommandé un déconfinement progressif tout en instaurant les mesures barrières et le port obligatoire des masques.

Les effets de la Covid-19 sur la pédagogie universitaire

Professeur Sidy KANE, Université Cheikh Anta Diop, Dakar SENEGAL

S'agissant de cette problématique, le Pr. SIDY KANE, a indiqué qu'au-delà des aspects macro et micro économique, la crise sanitaire touche profondément les facteurs-clés de la croissance endogène que sont l'Éducation et la Santé. Ces 2 variables jouent un rôle important sur le marché du travail, donc sur la production et la croissance économique.

« La pandémie de la Covid-19 sonne le glas des approches pédagogiques en vogue durant les quarante dernières années. Elle est annonciatrice des mutations prochaines en matière de transmission du savoir, avec le développement inéluctable de l'enseignement à distance »

Aussi, a-t-il relevé que la pédagogie universitaire des années 1970 à 2000 vit ses derniers jours, car l'université mutera vers une nouvelle approche, en favorisant l'enseignement à distance, et la crise de la Covid-19 va permettre d'accélérer la mise en œuvre de ce nouveau paradigme.

Toutefois, il s'est interrogé sur :

  • comment produire et transmettre la connaissance aux étudiants ?
  • comment évaluer objectivement le niveau des étudiants ?
  • comment préparer les jeunes collègues à la recherche et leur permettre de défendre les intérêts de leurs pays ?

Face à ces interrogations, le Professeur recommande de favoriser l'enseignement à distance, en utilisant tous les moyens possibles. Toutefois, il estime que cette nouvelle méthode pourrait avoir des conséquences quant à sa conversion brutale. Ainsi il a soulevé 5 problématiques :

  • quel est le cadre réglementaire pour encadrer cette nouvelle approche pédagogique ?
  • comment comptabiliser les heures des cours des enseignants ?
  • comment convaincre les étudiants de s'acquitter de leurs frais de scolarité ?
  • quelles seront les plateformes à privilégier dans l'espace CAMES ?
  • quels sont les droits d'auteurs et les droits de propriété pour les cours dispensés à distance ?

« La remise à niveau des cadres organisationnels, fonctionnels et pédagogiques de l'enseignement est nécessaire et impératif pour arrimer les structures de formation à l'enseignement à distance à l'instar de ce qui se fait dans les pays occidentaux. »

En s'interrogeant, il a relevé les avantages de l'enseignement à distance. Il s'agit notamment :

  • d'assurer la continuité de l'apprentissage des étudiants malgré la crise
  • de mettre les enseignements sur support numérique
  • de favoriser la transparence et l'ouverture de l'enseignement
  • de disponibiliser les ressources pédagogiques dans le temps (les cours resteront stockés et consultables à tout moment)
  • de disposer des traces de l'étudiant dans son parcours, avec en appui tout le contenu pédagogique.

Enfin, le Pr. SIDY KANE a tenu à préciser que les premiers pas seront difficiles, et les résultats mitigés, mais qu'il faudra toutefois intégrer ce nouveau paradigme pédagogique qui s'impose à nous face à la crise actuelle, à l'instar de ce que les universités occidentales ont déjà fait dans ce cadre.

L'impact de la Covid-19 sur les secteurs d'activités les plus impactés

Professeur Denis ACCLASSATO, Université d'Abomey-Calavi, Cotonou BENIN

Dans son intervention, après avoir rappelé la cartographie de l'impact de la covid-19 par pays et les différentes aides apportées à certains pays, le Pr. Denis ACCLASSATO a identifié les principaux secteurs impactés négativement par la crise sanitaire. Il s'agit de :

  • l'agriculture : par la réduction des exportations, la fermeture des frontières, la réduction des échanges transfrontalières
  • l'industrie pétrolière : par la chute du cours, le ralentissement de l'exploitation du brut, le déclin de la consommation des énergies fossiles
  • les transports : par la fermeture des frontières, l'interdiction des déplacements d'une région à une autre
  • le tourisme : la fermeture des agences, des musées, des lieux touristiques
  • la restauration : par la fermeture des restaurants
  • l'hôtellerie et les services connexes : par la fermeture des hôtels et l'interdiction des manifestions nationales et internationales

« Les pays non-producteurs de pétrole devraient bénéficier de la baisse du prix du baril de pétrole, et les économies en devise que ce mouvement devrait entraîner (je ne saisis pas bien l'idée exprimée) ; permettant ainsi de dégager des ressources pour financer la crise. »

les ports et aéroports : par la baisse des activités dans les secteurs.

Il a indiqué que cette situation pourrait également avoir des avantages dans certains secteurs. En effet, le professeur a indiqué que le secteur des importations pourrait tirer son épingle du jeu par le fait de la réduction des importations du brent, des produits agricoles, la baisse du prix du baril avec incidence sur le prix du carburant à la pompe pourra générer une économie des devises de certains pays africains et leur permettre de financer la crise.

Par ailleurs, certains pays pourront profiter de la baisse du prix du baril du pétrole pour reconstituer leurs stocks stratégiques afin de pouvoir en profiter le jour où les prix vont connaitre une embellie.

Après avoir énuméré les secteurs impactés négativement et positivement par la crise, le professeur a proposé des ajustements nécessaires en vue maintenir ces différents secteurs pendant cette période de crise.

Ainsi, pour les secteurs tel que l'artisanat, les gouvernements devront incités à la production des masques artisanaux et soutenir l'activité.

Les services internet qui connaissent une augmentation du chiffre d'affaires du fait de la généralisation du télétravail, la visioconférence, en sommes du réseau internet.

« Certains secteurs devraient être soutenus par l'État et maintenir l'activité, à l'instar de l'artisanat avec la production de masques, les services internet avec le développement du télétravail, la distribution et les services de livraison à domicile »

Le secteur de la distribution des produits de l'agroalimentaire a également connu une hausse des ventes dès l'annonce du confinement. Il en est de même pour les services de livraison à domicile.

En outre, le Professeur a cité les secteurs susceptibles de reprendre après la crise sanitaire. Il s'agit notamment :

  • du transport aérien
  • des télécommunications
  • de l'ingénierie de la maintenance des réseaux et de la data
  • des ventes en ligne
  • des services de livraison à domicile
  • de l'intelligence artificielle.

Bilan des politiques mises en œuvre depuis Bretton Woods et perspectives

Professeur Médard MENGUE BIDZO, Université OMAR BONGO, Libreville GABON

Selon le Pr. Médard MENGUE BIDZO, après plus de 50 ans, l'Afrique peine encore à trouver une bonne trajectoire économique. L'arrivée du Covid-19 place tout État devant un « trilème » :

  • la nécessité de régler la question de la Santé en éliminant le Coronavirus
  • la nécessité de relancer l'économie
  • la préservation les libertés individuelles.

Pour le Professeur, le choix de l'une des solutions impacte nécessairement sur les autres. Car, ce qui apparaissait comme impossible devient un choix nécessaire. Il relève toutefois que lorsque le virus sera suffisamment maitrisé, il sera nécessaire de relancer et stabiliser l'économie avec les moyens financiers existants, car pour l'heure il est nécessaire de protéger la santé de tous.

« Les pays africains doivent relancer leurs économies tout en réglant la question sanitaire de la Covid-19. En matière de relance de l'économie, les résultats mitigés obtenus à la suite des préconisations des institutions de Bretton Woods amènent à repenser la nécessité de revoir le contenu et le sens de ce partenariat »

Toutefois, face à cela, le Professeur s'interroge sur l'avenir du partenariat de l'Afrique avec les institutions de Bretton Woods quant aux résultats mitigés de celui-ci, et sur les perspectives en matière de gestion des risques.

Fort de cela, il a fait l'historique sur les accords de Bretton Woods signés le 22 juin 1944, avec la création de 3 entités : la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, et le GATT qui est finalement devenu l'Organisation Mondiale du Commerce en 1995. Ces 3 entités vont être créées à des fins de stabilisation politique mais surtout économique. L'Afrique n'était pas représentée durant cette conférence mais étaient représentés par les pays colonisateurs. Toutefois, avec la mise en place du Bretton Woods 2 qui va étendre le champ aux autres nations, en 1979, l'Afrique va subir des plans d'ajustement structurels qui font l'apologie du néolibéralisme par le truchement du retour aux grands équilibres macroéconomiques (austérité, « Les États africains n'existaient pas encore lorsque le système de Bretton Woods a été mis sur pied. Les plans d'ajustements mis en place n'ont pas donné les effets escomptés de l'avis général y compris du FMI. Le renouvellement de cette relation pour repenser les conditions d'une croissance plus durable s'impose »

« Les États africains n'existaient pas encore lorsque le système de Bretton Woods a été mis sur pied. Les plans d'ajustements mis en place n'ont pas donné les effets escomptés de l'avis général y compris du FMI. Le renouvellement de cette relation pour repenser les conditions d'une croissance plus durable s'impose »

dévaluation, etc.).

Malgré le fait que l'Afrique ait mis en œuvre toutes ces politiques libérales, elle peine toujours à se développer. Le FMI reconnait d'ailleurs que ces politiques ne sont pas adaptées à l'Afrique ; ce qui laisse penser que l'Afrique devrait repenser sa relation avec les institutions de Bretton Woods.

Dans la perspective des relations de l'Afrique avec ses partenaires commerciaux et financiers, le Pr. Médard MENGUE BIDZO précise que le principal enjeu est celui de la gestion des crises. Dans ce cadre, il identifie les risques possibles. Il s'agit notamment :

  • des crises économiques
  • des crises monétaires
  • des crises financières
  • des crises sanitaires
  • des crises écologiques
  • des crises politiques.

« L'évolution du rôle et des missions de l'État doit aider les gouvernements à mieux prendre en charge les différentes crises générées par le système et l'environnement. L'État doit favoriser le développement de l'investissement, et notamment dans les domaines de l'écologie, de la santé et du capital humain »

Face à ces différents risques, il précise qu'il faut tenir compte des pays pris isolément avec leurs différentes politiques publiques, et analyser l'action des États. En effet, avant l'État n'avaient que ses pouvoirs régaliens (justice et sécurité). Ce n'est qu'après la crise de 1929 que les États ont assuré des soutiens économiques. Ce rôle va évoluer jusqu'en 2000, où on va désormais observer un rôle d'assurance. Aujourd'hui, l'État joue un rôle plus important dans la protection des citoyens et des biens en luttant contre les crises.

Dans ce dernier cadre, le professeur rappelle qu'il faut que les États assurent l'arbitrage « consommation/investissement » dans lequel ils doivent privilégier l'investissement face à la consommation, en tenant plus compte du long terme, plutôt que du court terme. Car, l'un des problèmes des pays africains est la mauvaise affectation des fonds.

Toutefois, l'État doit aussi nécessairement investir sur la vie humaine sur les plans suivants :

  • l'écologie
  • la santé
  • la formation et l'éducation.

Le professeur propose en outre que soit intégré la prise des risques programmés dans les programmes économiques et politiques ; pourquoi pas dans les constitutions ou les lois des États.

« La coordination économique et financière doit être plus engagée en Afrique avec la promotion des instruments du libre-échange, d'intégration économique et financière »

Enfin, il prône pour une coordination économique et financière plus engagée de l'Afrique en mettant notamment en avant :

  • l'institution d'une réelle zone de libre-échange
  • l'intégration africaine
  • l'adoption progressive d'une monnaie commune à l'Afrique.

3. Panel 2 — Les perspectives économiques et financières africaines après la Covid-19

Les nouvelles politiques publiques

Professeur Jean Louis NKOULOU NKOULOU, Université Omar Bongo, Libreville GABON

Le Pr. NKOULOU NKOULOU Jean Louis pense que, face aux conséquences de la pandémie Covid-19, de nouvelles politiques publiques doivent être mises en place par les gouvernements africains. Il souligne à cet effet, qu'elles ne sauraient être mise en place sans au départ situer le nœud du problème actuel.

« Face aux conséquences de la pandémie, les gouvernements doivent s'organiser pour renouveler ses leurs politiques publiques, en tenant compte d'un certain nombre d'éléments comme la mondialisation, le poids de la finance, la structure démographique, la pauvreté et l'intégration régionale »

Dans ce cadre, il a émis plusieurs critères d'analyse valables au sortir de la crise. Il s'agit du fait que :

  • l'Afrique ne sera pas coupée du monde et restera ouverte selon la conception de la mondialisation
  • l'Afrique vivra dans un monde où les économies se sont financiarisées et dans lequel la finance est un levier très important qui permettra de l'aider
  • l'Afrique est peuplée de prêt de 70 % de jeunes avec des aspirations et des réflexions différentes dont on doit tenir compte
  • l'Afrique est confrontée au phénomène d'une pauvreté grandissante et d'un gaspillage des ressources
  • l'Afrique est composée de plusieurs systèmes d'intégration sous-régionales.

Ayant présenté ces éléments, le professeur a proposé deux (2) axes d'analyses :

  • le renouveau des politiques publiques au sortir de la crise sanitaire liée au Covid-19
  • la mise en œuvre des nouvelles politiques publiques.

Face à ces axes, il a précisé les causes du renouveau des politiques publiques en Afrique, notamment l'une qui découle de la théorie économique qui concerne l'État, qui est aujourd'hui défaillant (1), et l'autre qui précise le cadre dicté par les instances internationales, dans lequel les politiques publiques ont été mises en œuvre en Afrique (2).

  • Concernant la première cause, le professeur rappelle que, sans toutefois limiter les causes de défaillance, la défaillance de l'État est due à l'asymétrie de l'information et à la décroissance du rendement de l'État.

A propos de l'asymétrie de l'information, il précise que cela est dû au fait que les fonctionnaires de l'État n'agissent pas toujours dans le sens d'accomplir des objectifs d'État mais plutôt des objectifs personnels attachés à leur propre personne. L'État n'ayant pas la capacité de les contrôler et les suivre en temps réel, il se créé une déconnexion entre eux.

« (…) l'asymétrie de l'information, il précise que cela est dû au fait que les fonctionnaires de l'État n'agissent pas toujours dans le sens d'accomplir des objectifs d'État mais plutôt des objectifs personnels attachés à leur propre personne. L'État n'ayant pas la capacité de les contrôler et les suivre en temps réel, il se créé une déconnexion entre eux (…) »

Dans le même sens, les entreprises à qui l'État donne certains de ses pouvoirs pour accomplir un service public, accomplissent souvent des objectifs qui vont à l'encontre de l'objectif d'État.

A propos de la décroissance du rendement de l'État, il s'avère que l'État prend souvent pour des raisons politiques ou sociales, des mesures dans lesquelles il met beaucoup plus de moyens pour une catégorie de personne, sans toutefois couvrir l'ensemble des personnes de cette catégorie ; ce qui laisse apparaitre que l'État met beaucoup de moyens pour peu de résultat concret.

  • Aussi, l'État peut-il être victime de politique qui ne tiennent pas toujours compte des problèmes de justice sociale, dans leur mise en œuvre, au regard de l'action de ciblage qui peut conduire à une discrimination ou poser des limites dans l'action de l'État si elle est trop généralisée, donc trop chère.

Concernant le cadre dans lequel les politiques publiques sont mises en œuvre, il repose sur le fait que pour avoir des États forts, on doit nécessairement avoir des économies fortes. Toutefois, cette manière de concevoir le développement a conduit à mettre en œuvre des politiques autocentrées qui poussent l'État à « (…) le renouveau des politiques publiques envisagé par les instances internationales (FMI, BM) pour sortir les États africains de la crise de la dette, en imposant deux (2) critères : ramener le marché au centre des politiques autocentrées puis ouvrir les marchés à l'extérieur. Toutefois, ces politiques n'ayant pas portées leur fruit, il va être envisagées d'autres théories économiques »

« (…) le renouveau des politiques publiques envisagé par les instances internationales (FMI, BM) pour sortir les États africains de la crise de la dette, en imposant deux (2) critères : ramener le marché au centre des politiques autocentrées puis ouvrir les marchés à l'extérieur. Toutefois, ces politiques n'ayant pas portées leur fruit, il va être envisagées d'autres théories économiques »

intervenir dans tous les secteurs en contractant des dettes, sans pour autant qu'elles ne servent réellement au développement prévu. D'où, le renouveau des politiques publiques envisagé par les instances internationales (FMI, BM) pour sortir les États africains de la crise de la dette, en imposant deux (2) critères : ramener le marché au centre des politiques autocentrées puis ouvrir les marchés à l'extérieur. Toutefois, ces politiques n'ayant pas portées leur fruit, il va être envisagées d'autres théories économiques.

Au titre des perspectives des nouvelles politiques publiques à mettre en œuvre, le Professeur NKOULOU préconise :

  • l'utilisation des partenariats public-privés
  • le développement de la décentralisation
  • la mise en place des instruments d'évaluations et d'information des politiques publiques pour accompagner l'action des gouvernements africains.

La pertinence des mesures de soutien à la crise de la Covid-19

Professeur Bertrand TAMOKWE, Université de Douala, Douala CAMEROUN

Le Pr. Bertrand TAMOKWE a présenté des statistiques sur les prismes des importations et exportations mondiales de l'Afrique.

« (…) l'Afrique présente le plus faible taux d'échange intra-zone, ce qui renvoie sur le plan microéconomique au fait que la valeur n'est pas créée sur l'espace africain (…) »

A cet effet, il a montré la place de l'Afrique dans les échanges mondiaux, qui est marginale. En effet, la contribution de l'Afrique est évaluée à 3,12% en moyenne de 2013 à 2018. Il relève aussi que l'Afrique présente le plus faible taux d'échange intra-zone, ce qui renvoie sur le plan microéconomique au fait que la valeur n'est pas créée sur l'espace africain. Aussi, a-t-il fait remarquer que la structure des échanges en Afrique est dominée par les produits pétroliers et que les produits manufacturés sont relativement peu nombreux, notamment en ce qui concerne les exportations ; ce qui est le contraire en ce qui concerne les importations. Cette situation confirme en 2019 un taux de probabilité de vulnérabilité élevé (- 4,5% de taux de décroissance des exportations en 2019).

« (…) l'indice du prix des produits de base connaitra des fortes baisses (exemple la chute du prix du baril du pétrole), et on observera une baisse attendue d'environ 4% du taux des échanges mondiaux (…) »

Après ce constat, il a fait remarquer que si la crise perdurait, l'indice du prix des produits de base connaitra des fortes baisses (exemple la chute du prix du baril du pétrole), et on observera une baisse attendue d'environ 4% du taux des échanges mondiaux.

Ces deux éléments vont entrainer une double pénalité pour les pays africains ainsi qu'un frein pour leurs croissances, notamment :

  • un rationnement lié à la baisse de demande mondiale des produits africains
  • un rançonnement des pays africains qui doivent payer plus chers pour leurs importations dont certaines sont incompressibles (exemple des biens médicaux)
  • un ralentissement de la croissance escomptée du PIB.

En guise de perspectives, le professeur recommande, pour éviter l'accentuation de la marginalisation de l'Afrique, d'éviter les illusions réelles, ce qui consiste à éviter de ne pas tenir compte des avantages comparatifs révélés du fait que les produits qui sont présentés au pays africains comme ceux qu'ils devraient produire sont ceux qui se révèlent être fragiles à cause de la forte élasticité de leur demande par rapport à leur prix, sans compter qu'ils sont souvent aussi produits par les pays développés.

En outre, le Pr. Bertrand TAMOKWE suggère qu'il faut :

  • identifier systématiquement les forces, faiblesses, opportunités et menaces dans les systèmes politiques, en en mettant à contribution l'expertise locale (professionnels, universitaires, etc.)
  • réduire la dépendance extérieure, en intégrant la dimension psychologique pour faire comprendre que certains produits locaux sont tout aussi bons que ceux importés
  • songer à raisonner sur la base de chaine de valeur mondiale dans le cadre d'une stratégie clairement définie et parfaitement assumée.

Leçons pour l'Afrique d'après pandémie Covid-19

Professeur BALLO ZIE, Université de Cocody, Abidjan COTE D'IVOIRE

« (…) les pays qui seraient essentiellement touchés seraient ceux exportateurs de pétrole et minerais, sans oublier que cette crise va accroitre les déficits alimentaires dans plusieurs pays et la baisse des exportations (…) »

Le Pr. ZIE Ballo se basant sur une étude de la Banque Mondiale sur la Crise liée au Coronavirus, a relevé que cette crise se solderait par une récession importante avec une baisse de la croissance qui passerait de 2,4% en 2019 à -5,2% en 2020 et que les pays qui seraient essentiellement touchés seraient ceux exportateurs de pétrole et minerais, sans oublier que cette crise va accroitre les déficits alimentaires dans plusieurs pays et la baisse des exportations.

Il a ensuite précisé que ces maux seraient en majorité dus à :

  • la fragilité des secteurs de santé
  • la faiblesse d'accès à l'eau et à l'assainissement
  • la surpopulation dans les quartiers urbains
  • l'importance de l'économie informelle.

A cela, il a formulé des recommandations à court et à moyen terme. Il s'agit :

  • du renforcement des systèmes de santé en équipant notamment les personnels soignants et en mettant en place des dispositifs d'alerte de crise
  • du renforcement des systèmes de protection sociales des personnes vulnérables et des secteurs informels
  • de la réduction de la dépendance à l'extérieur en renforçant l'agriculture et les système de production
  • de la diversification de l'économie en produisant plus et mieux
  • de l'augmentation de l'accès à l'eau potable et l'assainissement
  • de la facilitation d'accès au numérique et à internet, en le transformant en service public
  • de l'élaboration des stratégies d'urgence
  • de la maintenance des investissements dans les secteurs essentiels tels que la santé, la sécurité, l'électricité, etc.

Impact de la Covid-19 sur l'éducation et le marché du travail

Professeur Clément KOUAKOU, Université de Cocody, Abidjan COTE D'IVOIRE

Selon le Pr. Clément KOUAKOU, avant l'épidémie due au coronavirus, on pouvait déjà constater une inadéquation entre la formation et l'emploi. Il a en outre relevé que plusieurs rapports font état de systèmes éducatif problématiques, inadéquats et non prêt face à cette pandémie en Afrique.

Ayant réalisé une étude sur la thématique, il a pu constater plusieurs manquements sur le système éducatif :

  • le manque de couverture réseau mobile et internet
  • le coût élevé d'internet
  • l'absence d'appropriation de la méthode d'enseignement à distance pour certains parents d'élève
  • l'absence d'équité quant à l'accès aux programmes diffusé sur internet.

« La pandémie du Coronavirus aura nécessairement des impacts sur l'accroissement du taux de chômage, la diminution des revenus des ménages, la survenance de mise en congés techniques et de licenciements massifs »

Pour le professeur, ces manquements ont un impact sur le marché du travail qui pourrait se traduire par :

  • un accroissement du taux de chômage
  • une diminution des revenus des ménages
  • des licenciements massifs
  • des mises en congés techniques massifs.

Face à cela, le Pr. KOUAKOU, propose comme comportements résilients :

  • de s'inspirer des expériences des crises telles qu'Ebola pour mieux assurer la riposte face au Covid-19
  • d'introduire des nouvelles techniques d'apprentissage et trouver des moyens de les financer
  • de protéger les travailleurs sur les lieux de travail
  • de protéger l'emploi
  • de mobiliser suffisamment les moyens pour soutenir l'activité économique et le système éducatif.

4. Conclusion

La pandémie du Coronavirus a eu des effets négatifs dans plusieurs secteurs tels que l'éducation, l'emploi, le commerce, en Afrique. Plusieurs mesures ont été mises en œuvre par les Gouvernements africains avec des mécanismes variés. Toutefois, au regard des conséquences financières, économiques et sociales que soulèvent cette pandémie, il est difficile que tout soit mis en œuvre, sans d'éventuelles critiques.

Durant cette conférence, plusieurs théories et solutions ont été évoquées. Les analyses qui en découlent ont pour objectifs d'être des outils d'aides à des décisions adaptées à l'Afrique, au regard des enjeux auxquels elle devra faire face après le Covid-19.

L'aspect positif de cette pandémie est sans doute la prise de conscience des États africains quant à leurs manquements, et aux efforts qu'ils doivent impérativement mettre en œuvre pour y remédier. Aussi, l'urgence d'un renouvellement des relations entre l'Afrique et les institutions financières internationales doit être le départ de la définition d'un nouveau modèle de développement prenant en compte la spécificité de chaque pays dans la mise en place des politiques publiques.

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